Aider
les PME à s’inscrire dans l’économie
numérique
Le plan TIC-PME 2010 vise à accélérer le déploiement
des nouvelles technologies dans les PME, notamment par des données
et applications partagées entre clients et fournisseurs. Il
vise à développer la coopération entre les différentes
filières industrielles et l’accompagnement méthodologique
des acteurs.
Le constat est simple : les technologies de l’information et
de la communication (TIC) jouent un rôle toujours plus important
dans la croissance économique. Or, les entreprises françaises,
notamment les PME, souffrent d’un retard d’investissement
en la matière, créant un retard de développement
par rapport à l’économie américaine. Ainsi,
les TIC représentent 40 % des investissements des entreprises
aux États-Unis contre 20 % seulement en France et en Europe.
Ces moindres investissements rejaillissent sur les performances des
entreprises et leur efficience globale. En effet, la mise en place
des TIC signifie travailler plus vite et plus efficacement, mais aussi
procéder à une refonte de l’organisation qui permet
de moderniser le fonctionnement de l’entreprise. En juin 2005,
le ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie
a lancé le plan TIC-PME 2010. Ses principes sont clairs : développer
l’usage des TIC dans les PME en travaillant au niveau des filières
puisqu’au sein d’une même filière, les entreprises
ont des problématiques communes, des besoins similaires et peuvent
donc développer des synergies. Une approche qui prévoyait
dans un premier temps des financements publics de 7 millions d’euros
, mais aussi un accompagnement méthodologique dans la durée
en termes de changement d’organisation du travail. De fait, le
plan s’appuie sur l’idée qu’il faut développer
une démarche fortement intégrée aux filières
industrielles et de services. Ce qui implique une stratégie
commune pour obtenir des modes d’échanges harmonisés.
L’approche ne se décline donc pas exclusivement en termes
logiciels et matériels, mais induit des aspects organisationnels
et managériaux significatifs qu’il convient de soutenir
et de fédérer.
Des échanges bénéfiques
Un premier appel à projets a suscité 75 déclarations
d’intention émanant de 26 filières industrielles
et de services. Après la réalisation de regroupements
par filières, et la clarification de certaines propositions,
une vingtaine de projets ont été présélectionnés
fin 2005 dans des secteurs d’activité aussi divers
que l’aéronautique, l’automobile, la mécanique,
l’électronique, la cosmétique, l’horlogerie,
l’ameublement, le jouet, la chaussure, le transport/logistique,
le bâtiment, les travaux publics, l’agriculture, la
pêche ou encore le bois/papier. Les décisions de financement
sont prises au fur et à mesure que les dossiers arrivent à maturité sur
le plan technique et administratif. Mais, au-delà de la
dimension financement, l’un des premiers bénéfices
est que les acteurs concernés ont travaillé ensemble,
créant ainsi des échanges bénéfiques
sur tous les projets. Les différentes filières ayant
parfois les mêmes sous-traitants ont été conduites à s’impliquer
ensemble sur certains projets. De fait, l’instance de coordination
de l’opération TIC-PME leur permet de dialoguer entre
elles afin que les standards, méthodes ou outils développés
soient harmonisés. Si l’automobile et l’aéronautique
avaient déjà noué des partenariats, d’autres
idées de rapprochement sont apparues au cours des différents échanges.
Des projets ont ainsi pu être élaborés sur
l’activité transport/logistique ou encore la sous-traitance
des procédures de douane.
Un second appel à projets
Compte tenu des résultats d’ores et déjà positifs
de l’opération en termes de dynamique d’échange,
de partage et de réflexion sur les formats et les méthodes
de travail, le ministère a lancé le 5 octobre un
second appel à projets doté de 5 millions d’euros.
L’objectif est de permettre à de nouvelles filières
de s’inscrire dans la démarche, comme par exemple
le tourisme, l’agroalimentaire, la chimie, l’optique… De
plus, en 2007, un budget de 5 millions d’euros sera accordé par
les directions régionales de l’industrie, de la recherche
et de l’environnement (DRIRE) à des actions collectives
de déploiement et d’accompagnement au niveau local.
Des moyens nécessaires pour atteindre les objectifs fixés
par les pouvoirs publics, à savoir 20 000 à 30 000
PME interconnectées d’ici 2008 sur les premières
filières financées, et 100 000 PME interconnectées
en 2010.
www.ticpme2010.fr
marc.moreau@industrie.gouv.fr
TIC et productivité des entreprises
Globalement, la productivité des entreprises entre 2002
et 2004 a été meilleure pour celles qui utilisaient
les TIC en 2002. Elle est ainsi supérieure de 4 % pour les
entreprises dotées d'un progiciel ou d'autres outils logiciels
avancés, et de 6 % supplémentaires pour celles qui
disposent également d'un extranet, d'un call center ou d'un
outil de visioconférence. L'écart atteint 17 % pour
les entreprises dont plus de la moitié des salariés
utilisaient le courrier électronique. Le recueil d'informations
sur les clients via un site web procurerait également un
avantage de performance allant jusqu'à 5 %. En revanche,
la productivité apparaît indépendante des autres
utilisations des sites web, de l'usage des réseaux électroniques
et même du recours au commerce électronique, qui,
certes, était encore marginal en 2002.
nicolas.riedinger@industrie.gouv.fr
«
Une réelle volonté de travailler ensemble »
Entretien avec Jean-Pierre Corniou, ancien directeur des systèmes
d’information de Renault, président de la commission
de coordination du plan TIC-PME 2010
L’objectif de ce plan est de développer, grâce
aux technologies internet, l’interprofessionnalité des échanges,
notamment entre grands donneurs d’ordres et PME. Ce programme
très fédératif apporte indiscutablement beaucoup
d’énergie aux différents acteurs, explique
le président de la commision de coordination du plan.
Pour quelles raisons avez-vous accepté de présider
l’instance nationale de coordination du plan TIC-PME 2010
?
Ce projet me séduisait car il comporte trois facteurs très
novateurs. Le premier est qu’il ne se contente pas de procurer
des financements, mais aussi une méthode de travail et un
suivi des projets dans le temps. Le deuxième est que cette
instance réunit des gens de tous horizons, qu’il s’agisse
du ministère, de différents acteurs internes à l’administration,
de grandes associations contribuant à l’harmonisation
en matière de nouvelles technologies telles que l’Afnet,
GS1 France ou EDI France ou encore des fédérations
professionnelles. Enfin, il s’agit d’un programme qui
vise véritablement à déverticaliser l’action
des fédérations professionnelles en s’appuyant
tout à la fois sur une dynamique régionale et sur
une dynamique interprofessionnelle.
Quel est l’objectif majeur de ce plan pour
les PME ?
Ce plan touche un point essentiel de l’économie française
: les relations entre les grands donneurs d’ordres et le
tissu des PME. Depuis longtemps les grandes entreprises procèdent à des échanges
de données informatisées avec leurs sous-traitants.
Ce système, antérieur à internet, techniquement
complexe et coûteux, limitait la possibilité pour
les PME de travailler avec différents secteurs d’activité.
Là, l’objectif est de développer l’interprofessionnalité des échanges.
Les technologies internet autorisent désormais une standardisation
de ces échanges. Elles permettront aux PME de dialoguer à moindre
coût aussi bien avec l’automobile, que l’aéronautique
ou la grande distribution.
Vous appartenez au Medef, comment votre organisation
s’est-elle
impliquée dans l’expérience ?
Depuis quelques années, le Medef se mobilise fortement autour
de l’économie numérique et notamment la promotion
des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Il ne s’agit plus de développer une infrastructure,
car la France est bien équipée, mais d’aider
les dirigeants à devenir les véritables moteurs de
la transformation numérique de leur entreprise. Le plan
TIC-PME s’inscrit donc naturellement dans les priorités
du Medef pour accompagner l’action de l’État
en faveur du déploiement le plus rapide possible de ces
technologies dans les PME.
Quels premiers enseignements tirez-vous des réunions
de la Commission ?
J’ai rencontré une réelle volonté de
travailler ensemble de la part de gens qui, souvent, s’étaient
développés dans leur tuyau d’orgue vertical.
Nous avons d’emblée senti que ce mode d’organisation
de programme, très fédératif, apporte indiscutablement
beaucoup d’énergie aux différents acteurs.
Tous ont envie d’aller au bout de leur mission tout en bénéficiant
des avancées des autres projets. Nous privilégions
la dimension circulation de l’information et de la connaissance
et cela fonctionne bien. La seconde chose qui me marque est que
nous sommes au carrefour de deux univers, celui de l’entreprise
et de la puissance publique et que tout le monde fait les efforts
nécessaires pour qu’il y ait une réelle compréhension.
Je suis assez enthousiasmé par cette expérience car,
au-delà des bonnes volontés habituelles, nous innovons
en termes de méthodologie et de concertation. Je suis sûr
que cela donnera d’excellents résultats.
source : Par Marc Moreau, chef du bureau Société de
l’information et sécurité à la Direction
générale des entreprises
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