Ombres chinoises sur le leadership américain
La perception par les Etats-Unis de la perte
progressive de leur leadership en ingénierie au profit de pays émergents
comme la Chine et l'Inde a largement motivé le lancement,
par le Président Bush en février 2006 de l'American
Competitiveness Initiative (ACI), un plan vigoureux visant à développer
l'éducation et la recherche dans les domaines scientifiques
et technologiques.
Les 600.000 diplômes d'ingénierie délivrés
en 2005 par la Chine et les quelque 350.000 délivrés
par l'Inde, comparés au 70.000 diplômes américains, étaient
fréquemment affichés comme les symboles de ce déclin
des Etats-Unis et de l'urgence d'agir. Dans un volumineux rapport
consacré au déclin scientifique américain et à la
nécessité d'un sursaut, les National Academies avaient
accordé foi à ces chiffres, allant jusqu'à les
reprendre dans le communiqué de presse annonçant
la parution du rapport.
Or il s'avère que ces statistiques inquiétantes pour
les Etats-Unis provenaient d'un article de la revue Fortune dont
les sources semblent impossibles à identifier. Depuis lors,
une étude approfondie de Duke University (décembre
2005) a produit des statistiques beaucoup plus fiables pour les diplômés
Bac+4 2005 en sciences et technologies de l'information et de la
communication : ils auraient été 351.537 en Chine,
137.437 aux USA et environ 112.000 en Inde. En considérant
les ratios rapportés aux populations, les Etats-Unis seraient
donc toujours les leaders, à défaut de l'être
en chiffres absolus. Selon cette étude, les 600.000 "ingénieurs" chinois
incluraient des formations courtes (3 ans), alors que la base retenue
pour qualifier un ingénieur aux Etats-Unis est le niveau
Bac+4.
Tout en étant embarrassées par cette révélation
qui reflète un certain manque de sérieux scientifique
de leur part, les académies insistent sur le fait qu'une
erreur portant sur une ligne dans un rapport de 500 pages ne saurait
remettre en question le bien fondé de l'analyse. C'est l'avis
unanime des communautés scientifique et politique impliquées
qui soutiennent l'ACI. Selon certains universitaires cependant,
ces chiffres complaisamment propagés dans les médias
et les diverses auditions publiques, ont semé le trouble
parmi les étudiants qui s'interrogent sur le bien-fondé de
s'engager dans un domaine, l'ingénierie, qu'ils estiment
dominé par d'autres pays. Les étudiants sont déjà peu
disposés à s'engager dans ces domaines, alors que
le droit et la gestion assurent des carrières plus profitables.
Sur le moyen terme, il faut noter qu'alors que la Chine et l'Inde
accélèrent le pas en matière d'enseignement
en sciences et en technologie, on anticipe des baisses aux Etats-Unis.
Le transfert d'activités technologiques entre les Etats-Unis
et ses concurrents pourrait donc s'amplifier.
Pour en savoir plus :
E-news :
- http://insidehighered.com/layout/set/print/news/2006/06/13/numbers
- http://redirectix.bulletins-electroniques.com/t4tf7
- http://www.insidehighered.com/news/2006/03/03/engineers
- L'article de la revue "Fortune", 25/07/2005 : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/uLJaV
- Le rapport de la National Academy of Sciences :
http://www.hq.nasa.gov/office/oer/nac/documents/Gathering_Storm.pdf
- Le communiqué de presse des National Academies incriminé :
http://redirectix.bulletins-electroniques.com/dPhhP
- L'étude de Duke University "Framing the Engineering
Outsourcing Debate" : http://memp.pratt.duke.edu/downloads/duke_outsourcing_2005.pdf
Source : ADIT - Ambassade de France aux Etats-Unis
Numéro : 043, juillet-août 2006
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