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RAPPORT ANNUEL DE L’OBSERVATOIRE DES DÉLAIS DE PAIEMENT : Vers un système de réduction des délais de paiement Le rapport que vous allez lire traite d’un sujet important : les délais de paiement en France. Ils sont longs, en particulier si on les compare à ceux d’importants voisins et concurrents. Ceci en fait un problème quasi endémique de l’économie française. Un problème qui devient critique, notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique. Que l’on permette au Président de l’Observatoire de faire part ici de ses réactions et propositions. Techniquement d’abord, ce rapport actualise les chiffres et précise l’importance de la question pour les PME, en dissociant le groupe trop large qui allait jusqu’à 500 salariés. Il montre aussi les dispersions dans les délais, les situations dans les services et les cas spécifiques des administrations publiques. Il permet ainsi de mesurer plus complètement la situation, à partir d’une base statistique de l’Insee cinq fois plus large que celle utilisée jusqu’à présent dans ce type de travaux, et en mettant les résultats relatifs à la France en perspective, avec l’appui de la DGTPE, qui a interrogé les missions économiques de nombreux pays. Économiquement ensuite, ce rapport montre l’importance et la gravité du problème. Avec 600 milliards d’euros, le crédit commercial représente un mode de financement privé des entreprises qui est le quadruple de celui des institutions financières. Ceci veut dire que la moitié des entreprises sont payées avec un délai représentant plus de 40 jours du montant de leurs achats et le quart des entreprises, plus de 66 jours. 25 % seulement des factures sont payéesà 20 jours ou moins. Pour les entreprises de 20 à 249 salariés, la moitié de leurs créances leur seront payées dans un délai équivalent à plus 59 jours de chiffre d’affaires et 25 % à plus de 82 jours. Juridiquement, la question de la relation entre donneur d’ordres et prestataire se pose. Certains diront qu’il s’agit là d’un contrat, d’autres d’un rapport de force. Les tenants du contrat diront qu’il s’agit d’un choix entre deux parties, les autres diront que celui qui signe n’en a pas réellement d’autre. En termes légaux, le code civil est clair : il faut payer au lieu et dans le temps où se fait la livraison. Le délai de paiement est une condition supplémentaire de la transaction. Il traduit les relations entre acheteur et vendeur. Ce que l’on appelle « rapport de force » réunit le besoin de l’un, qui a effectivement besoin du produit ou du service pour vendre à son tour, et celui de l’autre, qui a besoin de vendre (et d’encaisser) pour régler ses propres charges, continuer son exploitation, l’étendre, innover… Quand le vendeur, même petit, jouit d’un degré de monopole (parce qu’il est un des seuls à pouvoir fournir le produit) le rapport est évidemment différent de celui qui se développe quand la prestation est banalisée. Mais alors l’acheteur tentera toujours de trouver d’autres sources, d’autant que la baisse du prix des transports et l’arrivée des offreurs à bas prix changent radicalement la donne. C’est bien pourquoi le législateur a affirmé le principe de la liberté contractuelle, en précisant un délaià trente jours, « sauf dispositions contraires ». Il ajoute alors que les conditions de règlement doivent indiquer le délai retenu entre les parties et les taux d’intérêt de pénalité qui s’appliquent. Politiquement, la tension monte. Le dernier texte légal de 2001 a peu ou pas changé la donne, sauf le cas où d’autres lois ont depuis concerné des secteurs donnés. La tendance est alors soit de mettre en place des actions sectorielles,éventuellement en recourant à la loi, soit de « travailler » à une évolution globale réduisant les délais. Si ceux qui bénéficient de délais longs peuvent arguer de la concurrence internationale (qui ne leur laisse pas grand choix) et des textes en vigueur (qui ne les mettent pas en faute), les entreprises qui en souffrent insistent sur les risques pour leur propre vie et pour la croissance et l’emploi, et sur l’affaiblissement des tissus économiques locaux. Les uns parleront de concurrence mondiale et de contrat, les autres diront qu’ils la subissent, et que le contrat est léonin. En réalité, ce n’est pas de « rapport de force », mais bien souvent de « rapport de faiblesse » qu’il s’agit. Ce n’est pas par plaisir que les entreprises allongent les délais, mais parce qu’elles sont également dans une logique concurrentielle forte. Cette logique intègre les autres entreprises, nationales ou internationales, mais aussi les clients et consommateurs, qui veulent payer moins cher, les salariés, qui souhaitent des hausses de rémunérations, et les marchés financiers, qui attendent des résultats supérieurs. À l’évidence, avec les taux d’intérêt actuels, l’allongement des délais n’apporte qu’un gain réduit. On n’en comprend pas l’avantage substantiel si on intègre ses risques, notamment l’affaiblissement du secteur amont. À l’évidence aussi, avec la sensibilité consumériste, mais aussi sociale de nos compatriotes, on peut expliquer que la baisse des prix n’est pas la seule solution pour accroître le pouvoir d’achat des consommateurs, si certains de ces mêmes consommateurs perdent leur emploi ou voient se réduire leurs propres évolutions de salaires. À l’évidence enfin, avec la liquidité actuelle des marchés financiers, le paiement des factures dans de meilleures conditions de délai ferait déplacer des sommes vers les donneurs d’ordre, mais le marché financier n’en serait pas autrement surpris. Il comprend quand même que le bilan, qui donne une trésorerieé ventuellement flatteuse, comporte aussi un poste fournisseurs, qui peut indiquer des fragilités. Il sait très bien que des techniques financières peuvent parfaitement résoudre ce problème, et que l’on peut faire financer par les banques et/ou par le marché financier ce crédit privé, incertain et opaque, et que le système dans lequel se déplace l’entreprise en serait globalement renforcé. En termes de propositions, l’accent porte donc, dans les pages qui viennent, moins sur la loi que sur l’explication, sur le débat, sur le renforcement des possibilités techniques, sur la transparence et sur l’émulation, en appui de la loi. Il s’agit, ce faisant, de déplacer le rapport de force en réduisant le rapport de faiblesse. Si l’on veut que la loi s’impose, faisons du paiement à trente jours une mesure d’ordre public dont le dépassement annule la transaction ! Qui veut de cette évolution, avec ses risques ? Si l’on veut au contraire que le tissu économique se renforce, soutenons partout les conditions techniques qui améliorent le paiement (dématérialisation, flexibilité des logiciels, formation des vendeurs, recoursà l’affacturage…). Aidons d’abord les entreprises, au premier rang les PME, à prendre davantage conscience des modalités techniques de la facturation et des dispositifs à leur disposition pour gérer efficacement leur compte client. Il faut mettre l’accent sur ce point, en leur demandant de mieux former et équiper leurs commerciaux et départements comptables. Aidons ensuite les PME à mieux négocier entre elles, mais n’oublions pas qu’il faudra aussi qu’elles puissent augmenter leurs fonds propres (fiscalité, second marché…) et peut-être aussi se concentrer. Si l’on veut améliorer les relations entre grandes et moyennes entreprises, développons les accords sectoriels entre partenaires, renforçons les engagements qu’elles prendrontpar rapport à leurs clients et aux territoires dans lesquels elles travaillent. Si l’on veut qu’aucun ne s’abrite derrière un « État mauvais payeur », ce qui n’est d’ailleurs pas le cas, publions les résultats obtenus par lui et engageons-le dans des logiques d’amélioration. Le système public représente de l’ordre de 10 % des 600 milliards en jeu : il a donc un important effet levier dans l’amélioration des pratiques. C’est ainsi par plus de technicité (logiciels,
formations, NTIC…), un usage accru de la finance et de ses
possibilités, plus de dialogue et de transparence
vis-à-vis des parties prenantes (consommateurs, salariés,
actionnaires), davantage d’émulation (au sein du
domaine public) et d’information que pourraient évoluer
les choses. Il faut continuer d’éclairer, en un
mot d’observer et de
communiquer. Bien sûr, ces propositions ne contredisent
pas des décisions
plus précises, par exemple sectorielles, et notamment
légales, qui pourraient être
prises par la puissance publique. Des délais plafonds
pourraient ainsi être
proposés,éventuellement décroissants selon des échéanciers
préétablis.
Ils amélioreraient la situation dans un secteur ou une filière,
et pourraient faire école. L’appareil légal existe, et peut être
complété,
pour atténuer ou résoudre ce problème.
Mais il faudra aussi de l’information, de la formation,
de la pédagogie, peut-être des incitations, et
toujours une surveillance constante. La question des débats
entre partenaires dans une filière
devra donc être précisée, sans que l’on
parle d’atteinte à la concurrence. Il
s’agit, en réalité, d’améliorer
les conditions de fonctionnement du système achat-production-vente
dans son ensemble, ce qui est en réalité propice à une
meilleure concurrence. Un dernier mot pour remercier les membres
de l’Observatoire qui ont
accepté de relever le défi de ce rapport réalisé en
trois mois, avec beaucoup d’échanges et de contributions.
Tous ont réellement participé, tous ont vraiment
contribué : qu’ils en soient remerciés.
Un mot particulier pour Élisabeth Kremp,
sans qui ce rapport n’aurait pas pu se réaliser
(avec l’appui de la Banque
de France s’entend), pour Michel Dietsch (avec ses apports
sur la propagation des effets selon la taille et la rentabilité),
pour Florian Roger (auteur, collecteur et relecteur précieux).
Qu’ils soient tous remerciés de ce travail commun, même si des écarts
et des divergences Ce travail est dédié à Yves Ullmo, ce grand économiste, si subtil, qui avait tant apporté au domaine des délais de paiement, et qui vient de nous quitter. Jean-Paul Betbèze Télécharger
le RAPPORT ANNUEL DE L’OBSERVATOIRE
DES DÉLAIS DE PAIEMENT Source :OBSERVATOIRE DES DÉLAIS DE PAIEMENT |
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