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IBM : Suppressions d’emplois par-ci, mais embauches par-là

La CFDT propose ci-dessous une traduction de l’article du New York Times : Suppressions d’emplois par-ci, mais embauches par-là ! Par Steve Lohr (New York Times, 24 juin 2005)

D’après un document interne, en même temps qu’elle supprime jusqu’à 13 000 emplois en Europe et aux États-unis, la société IBM envisage cette année d’augmenter ses effectifs de plus de 14 000 employés en Inde.

Ces chiffres sont une preuve de la poursuite de la globalisation du travail et de la migration d’emplois qualifiés vers les pays à bas salaires comme l’Inde. Plus grande société mondiale des technologies de traitement de l’information, IBM est en quelque sorte le laboratoire qui montre la voie aux entreprises. Ses actions justifient à la fois le débat politique et les craintes qui entourent l’essor de la force de travail globalisée dans le domaine des sciences, de la technique et des autres champs qui exigent une compétence avancée.

Pour ses censeurs, IBM est le principal exemple de la stratégie des entreprises consistant à faire son marché tout autour du globe pour trouver le travail le moins cher dans le seul but de la poursuite bornée des profits, au détriment des salaires, des avantages sociaux et de la sécurité de l’emploi ici [aux États-unis, NDT] et dans les autres pays développés. La société IBM a annoncé le mois dernier qu’elle allait supprimer de 10 000 à 13 000 emplois, environ le quart aux États-unis et le reste en Europe de L’Ouest.

« IBM est réellement en train de poursuivre cette externalisation outre-mer en supprimant des emplois sans arrêt et en délocalisant ces emplois à l’étranger », disait Marcus Courtney, président de l’alliance des travailleurs des secteurs technologiques de Washington (WashTech), un groupe qui cherche à syndiquer cette catégorie de salariés. « Les gagnants sont les plus riches entreprises du monde, et les perdants sont les travailleurs américains ».

WashTech, basé dans l’État de Washington, a transmis le document IBM sur l’emploi en Inde au New York Times. Il est étiqueté « IBM Confidentiel » et daté d’avril 2005. C’est un employé d’IBM, ému par le transfert d’emplois à l’étranger, qui a transmis le document à WashTech.

IBM a refusé de commenter ce document ou les chiffres qu’il contient, se limitant à dire qu’il existe de nombreux documents, graphiques et projections créés au sein de la société.

Mais, dans un entretien, Robert W. Moffat, un des « IBM senior vice-president » [directeur général, NDT], explique que l’installation en Inde est le résultat de l’émergence de la demande pour les services informatiques au sein de l’économie en forte croissante de l’Inde et de l’opportunité d’embaucher les nombreux ingénieurs logiciels indiens pour les faire travailler sur des projets partout autour du monde.

« La baisse des barrières douanières, les télécommunications moins chères, et la possibilité d’assistance par ordinateur permettent à la force de travail de travailler à distance sur des projets informatiques », dit-il.

M. Moffat dit qu’IBM est en train d’assurer la transformation d’une société multinationale traditionnelle avec des gestions séparées dans de nombreux pays en une société réellement mondialisée dont le travail peut être divisé et parcellisé dans les lieux les plus efficients.

Le coût fait partie du calcul, note M. Moffat, mais n’est pas particulièrement la plus importante considération. « Les gens qui disent qu’il s’agit simplement d’un équilibrage du travail n’ont pas compris", ajoute-t-il. "La question principale est celle des qualifications ».

Et M. Moffat, ajoute qu’IBM est en train d’embaucher des gens autour du monde, dont de nombreux aux États-unis, dans les nouvelles affaires que la société a choisi pour sa croissance, même si des réductions sont nécessaires ailleurs. Les effectifs globaux de la société aux États-unis sont restés stables pour les dernières années, à environ 130 000 employés.

Pour renforcer la croissance, IBM essaie progressivement d’aider ses sociétés clientes à utiliser les technologies de l’information plutôt que de juste leur vendre du hardware et des logiciels. Ainsi, les chercheurs et programmeurs IBM sont de plus en plus mis au travail pour les clients, en restructurant et en automatisant les tâches telles que les approvisionnements, la comptabilité et le service clients.

De plus, ces projets de services avancés seront découpés en tranches prises en charge par différents experts résidant dans des pays différents. Cette globalisation naissante des opérations, note M. Moffat, ne peut que conduire à un marché du travail globalisé dans certaines zones. « On n’est plus en compétition uniquement avec le gars au coin de la rue, mais aussi avec des gens autour du monde » dit-il.

Cependant, une telle compétition peut devenir particulièrement dure en occident quand elle a lieu face à des travailleurs très qualifiés et à bas salaires dans des pays comme l’Inde. Un programmeur logiciel expérimenté gagnant aux États-unis 75 000 dollars par an peut souvent être remplacé par un programmeur indien qui gagne environ 15 000 dollars.

La plupart des études économiques, y compris, la semaine dernière, celle du groupe de recherche McKinsey Global Institute, ont conclu que, dans l’ensemble, cette délocalisation du travail « offshore » n’aura pas un effet énorme sur les emplois américains.

Mais, en observant seulement le nombre des emplois, dit Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’Économie et professeur à l’Université Columbia, on sous-estime le problème potentiel. « Ce qui m’inquiète, c’est que cela pourrait avoir un énorme effet sur les salaires, et que cela pourrait avoir un impact destructeur sur la société », dit le professeur Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale.

Le fait que cette crainte de la globalisation à propos des emplois et des salaires n’atteint pas les rangs des cadres dirigeants anime les ressentiments parmi les travailleurs. « Peut-être les actionnaires devraient-ils faire en sorte que les dirigeants partisans des délocalisations compétitives reçoivent une rémunération et des avantages sociaux moins importants », dit Lee Conrad, coordinateur national de l’Inter Alliance@IBM, un groupe de syndiqués IBM qui a 6 500 adhérents. « Dans tout ce discours sur la compétitivité globale, le fardeau tombe sur les travailleurs ».

La plupart des experts en sont d’accord, l’éducation et la reconversion sont la réponse primordiale pour aider les travailleurs qualifiés à s’adapter et à trouver de nouveaux emplois pour remplacer ceux qui sont perdus dans la compétition globale. Pour sa part, IBM dit qu’il dépense 700 millions de dollars dans l’éducation de ses employés pour les nouveaux emplois au sein de la société, et pour ceux qui sont licenciés, il offre des « chèques valise » de séparation qui incluent conseils de carrière et remboursement de la reconversion.

Certains champions de la globalisation disent même que les sociétés gagnantes devraient faire plus pour faciliter la transition des perdants. « Il est clair que la création de richesse entraîne quelques retombées, et qu’il faut les assumer », dit Diana Farell, directrice du McKinsey Global Institute.

D’après certains calculs, le coût pour amortir le choc pourrait ne pas être aussi élevé que çà. Pour chaque dollar investi "offshore", les sociétés américaines économisent 58 centimes, estime l’Institut McKinsey. Et 4 à 5 % de ces économies pourraient financer un programme d’assurance « salaire théorique » qui pourrait couvrir 70 % du revenu perdu entre l’ancien emploi et le nouveau, et de même pour la part patronale de la couverture santé, dit l’Institut McKinsey.

Traduction : Michel Perraud

Source : CFDT

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