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Le téléphone de poche Bi-Bop est opérationnel sur Paris. France Télécom vise plus d'un million d'abonnés pour l'an 2000. Un pari difficile, car la concurrence s'annonce rude. Munis de leur Bi-Bop, les Parisiens vont pouvoir profiter un peu plus du soleil printanier, à la terrasse des cafés. France Télécom démarre, en effet, officiellement la commercialisation de ce téléphone mobile dans Paris intra-muros. L'avenir de Bi-Bop, testé à Strasbourg l'année dernière, dépend beaucoup de cette étape. Aussi, l'opérateur accélère-t-il le tempo commercial. A grand renfort de publicité, il entend faire grimper ce nouveau téléphone au hit-parade des outils de communication. L'objectif est d'atteindre 300 000 abonnés, pour 1995. Des prévisions revues à la baisse, par rapport aux 500 000 abonnés annoncés auparavant. Car d'autres produits occupent déjà le terrain. Derniers en date, les radiotéléphones GSM, opérationnels depuis le début de l'année sur Paris. La comparaison entre eux sera faite sur les trois environnements d'utilisation, la rue, le domicile et l'entreprise. Le Bi-Bop, à l'école de la rue Si le Bi-Bop parvient à s'imposer à l'extérieur,
c'est le disque d'or Reste à savoir qui? Sur la base de l'expérience strasbourgeoise, il paraît bien difficile de deviner le profil de l'utilisateur parisien. La densité de population, les sociostyles, le pouvoir d'achat moyen... diffèrent. D'emblée, on peut éliminer les marginaux et autres Sans Domicile Fixe, abonnés aux publiphones qui abondent dans Paris. Ecartons également, les cadres dynamiques parce que trop mobiles, déjà abonnés à Radiocom 2000 ou Ligne SFR, par leurs entreprises respectives. Ajoutons-y, les tout récents abonnés à Itinéris, ou à Ligne SFR GSM qui après avoir essuyé les plâtres de la technologie GSM, n'iront sûrement pas se frotter, à un nouveau produit aux possibilités encore plus limitées. Les professionnels ont besoin d'être contactés Il reste les professionnels, qui travaillent à ciel ouvert et sur lesquels France Télécom fonde de grands espoirs. Techniciens de service après-vente, médecins, infirmières... ont surtout besoin d'être appelés, au secours! De même les livreurs en retard, sont le plus souvent contactés par le client, via leur magasin. Les coursiers auront du mal à s'acheter un téléphone Bi-Bop à 1 890 F TTC, alors qu'ils supportent déjà difficilement la charge de leur véhicule de travail. Les chauffeurs de taxis sont surtout à l'écoute du prochain client et ne changeront pour rien au monde leur radiotéléphone 3RP ou GSM. Les avocats, chantres de la discrétion, préféreront s'isoler pour annoncer à leur client que l'affaire tourne au vinaigre. Les artisans aux échéances difficiles et au système D, qui peut rapporter gros, tâteront d'abord du talkie-walkie ou de la CB, avant de s'essayer aux joies du Bi-Bop. En résumé, tous ces professionnels ont surtout besoin d'être contactés. Il suffit de regarder le parc d'Eurosignal, d'Operator, d'Alphapage pour s'en persuader. Or, Bi-Bop ne permet pas aujourd'hui de recevoir des appels en raison de sa faible puissance électrique. Une fonction automatique d'identification (roaming) aurait demandé une batterie plus imposante, rehaussant du même coût le prix du terminal au-dessus de 2 000 F. Résultat, il ne reste plus grand monde, pour parler dans le combiné, excepté les inconditionnels des nouvelles technologies et les yuppies désœuvrés flânant dans le triangle d'or parisien. Le Bi-Bop serait-il élitiste? Oui, si l'on considère, que le VIIIe arrondissement de Paris est mieux couvert que le XXe et que Bi-Bop permet de téléphoner sans faire la queue, comme tout le monde, sans monnaie, sans risque de tomber en panne d'unités téléphoniques et sans se frotter l'oreille sur un combiné, à l'hygiène plus au moins douteuse. Comptons aussi sur les déçus du Bi-Bop, à la recherche d'une borne ou d'un canal disponible et sur les surpris de la facturation détaillée. Car la communication sur lieux publics est surtaxée de 0,83 F TTC/minute, en plus du coût normal. Sans parler des quelques apprentis sorciers du hand-over, qui testeront le Bi-Bop d'une borne à l'autre sans résultat, et s'apercevront que le rayon de 200 à 300 mètres, annoncé par France Télécom rétrécit en fonction de la densité des utilisateurs. Le Bi-Bop, à l'abri des intempéries Le résidentiel, se présente comme un terrain encore plus glissant pour Bi-Bop. Numéris s'y est déjà cassé les dents. A l'exemple de ce service de qualité numérique, les communications seront facturées au tarif du RTC. Néanmoins, le prix du poste téléphonique, cumulé à une borne domestique sont de nature à dissuader même les ménages les plus aisés. Aussi, Bi-Bop aura bien du mal à déloger les téléphones sans fil non agréés. A moins d'être lui-même copié! Dans l'entreprise, Bi-Bop est sensé «danser» autour des PABX. L'adjonction d'un frontal au commutateur privé permettra au personnel de lancer et même de recevoir des appels dans la zone de couverture de chacune des bornes, réparties au sein de l'établissement. Mais, au rendez-vous des PABX compatibles Bi-Bop, Alcatel manque à l'appel. Cet acteur incontournable du monde des autocoms s'aligne sur le futur standard Dect (Digital European Cordless Telecommunications), plutôt que de suivre la norme CT2/CAI (Cordless Telephone second generation/ Common Air Interface). Et cela se comprend aisément. La norme européenne Dect est plus professionnelle. A l'opposé du CT2, elle garantira les fonctions de roaming (localisation des terminaux) et donc de communication bilatérale. Elle assurera le hand-over et fournira une bande passante plus large, adaptée aux transmissions de données d'origine LAN. A terme, le Dect risque de faire sérieusement de l'ombre, aux PABX de type CT2 et par là même de rendre les combinés Bi-Bop obsolètes. Cette divergence de normes incompatibles, explique-t-elle l'attentisme de candidats potentiels, à un réseau public plus performant et concurrent de Bi-Bop? C'est peu vraisemblable, car une marge de 0,83 F TTC, même avec une option Bi-Bop à peu de chances d'exciter la concurrence. Déplorons le, tout en remarquant que standard ne rime pas forcément, avec une diffusion de masse à des prix grand public. Et les usagers du téléphone préféreraient avoir un Bi-Bop moins standard, mais tout aussi bon marché et populaire que le Minitel. Source : H.M |
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