Stratégie
et interventions de l'ADEME
dans le domaine des déchets
Juin 2004
1. UNE STRATÉGIE AU SERVICE DES PRIORITÉS
DE LA NOUVELLE POLITIQUE DES DÉCHETS
Dix ans après l'adoption de la loi cadre
du 13 juillet 1992, les acteurs de la
gestion des déchets ont fait collectivement
le constat que la modernisation voulue alors
par le législateur n'était
pas terminée. La
nécessité de poursuivre
une politique volontariste de gestion
des
déchets
réorientée en fonction
des priorités
nouvelles a été réaffirmée
et explicitée lors de la communication
de la Ministre de l'Écologie et du
Développement Durable au Conseil
des Ministres du 4 juin 2003. Cette politique
des déchets se situe dans
le cadre de la stratégie nationale
pour le développement durable
(SNDD) et intègre les enjeux primordiaux que constituent :
- La lutte contre le changement climatique
et plus globalement la maîtrise
des impacts de la
gestion des déchets sur l'environnement
- La préservation de la population vis-à-vis
des risques sanitaires
- Le respect des exigences croissantes
liées à la
politique et aux réglementations européennes
: montage de filières sous la responsabilité des
producteurs, restrictions au stockage
des matières organiques, objectifs de recyclage
et de production électrique d'origine
renouvelable,
contraintes sur la protection des sols,
etc…
- Le développement des capacités
nécessaires de traitement et de
stockage alors que de
nombreux départements sont considérés
comme en risque de pénurie d'exutoires
pour leurs
déchets
- La maîtrise des coûts, indispensable à l'acceptation
de cette politique par les citoyens.
Ces enjeux ont conduit à mettre
la prévention
de la production de déchets
au premier rang des
priorités de la nouvelle politique
: cette prévention est effectivement
indispensable tant à la maîtrise
des impacts qu'à celle des coûts
et répond le mieux aux objectifs du
développement
durable.
Le développement du recyclage et de
la valorisation figure également
parmi les priorités : il devient particulièrement
crucial dans le contexte récent
de montée des prix de
l'énergie et des matières premières
sur le marché mondial. La
politique adoptée par les pouvoirs
publics insiste également sur
la nécessité de
développer la sensibilisation
du public ainsi que l'information de
tous les acteurs,
notamment à partir
du recueil et de la mise à disposition de données
sur les déchets et leur gestion à tous
les niveaux territoriaux, du
local au national.
L'ADEME est un acteur majeur dans la
mise en oeuvre de cette nouvelle
politique. Une
stratégie d'intervention
a été adoptée à cet
effet par l'agence pour la période
2004-2009. Elle est principalement construite
sur les partenariats locaux et axée
sur les objectifs prioritaires suivants
:
-
La mise en oeuvre du Plan national
de prévention
de la production de déchets
-
L'incitation à la réalisation
d'équipements de gestion de
déchets
fondés sur la qualité,
la maîtrise des
impacts environnementaux – en
particulier sur l'effet de serre
-, la maîtrise
des risques sanitaires
et la maîtrise des coûts
- L'accompagnement des nouvelles
filières
(gestion de produits en fin de
vie impliquant la responsabilité des
producteurs, collecte de déchets
dangereux dispersés,
gestion des déchets du BTP, …) et le soutien aux filières
en difficultés (gestion biologique
notamment)
- L'incitation à l'ouverture des capacités
nécessaires de traitement et de
stockage dans les zones
où elles risquent de faire défaut
- Le développement de l'information
et la structuration d'un réseau
d'observatoires locaux (notamment
départementaux et régionaux)
- L'amélioration des connaissances
et la poursuite de l'innovation dans les
technologies
et les
organisations.
2. DES PRINCIPES D'INTERVENTION
ADAPTÉS
A CES NOUVELLES PRIORITÉS
Pour remplir ces missions, l'ADEME
déploie
différents modes d'intervention adaptés
aux objectifs visés
comme aux partenaires concernés, en
utilisant à la fois ses équipes
nationales aux compétences
spécialisées et ses délégations
régionales au contact de tous
les acteurs du terrain, notamment les
entreprises et les collectivités
et administrations locales.
De manière générale, ces
interventions consistent à mettre les
compétences de l'ADEME au service
de
ces acteurs, au travers d'outils méthodologiques,
de missions d'animation, de sensibilisation,
de
communication, de conseil, d'expertise
et de retour d'expériences. Ces interventions
peuvent être
assorties de soutiens financiers pour
certaines opérations bien ciblées. Plus
précisément, les principaux
modes d'interventions sont les suivants :
•
Le soutien à la recherche et à la
démonstration
Les acteurs de la recherche (universités,
centres techniques publics ou professionnels,
entreprises)
peuvent bénéficier de soutiens
techniques et financiers (subventions, bourses
de thèses) lorsque l'objet
de la recherche s'inscrit dans les
priorités
définies par l'ADEME. Il s'agit
aussi bien de recherches
destinées à améliorer
les connaissances fondamentales (sur
les impacts, les technologies, la socio
é
conomie, …) que de l'innovation technologique
ou organisationnelle. Sur ce plan,
l'agence peut en
particulier soutenir les opérations
de démonstration qui visent à valider
les systèmes innovants par une
première application en vraie
grandeur.
• Le renforcement des observatoires
L'ADEME contribue au montage d'observatoires
locaux, notamment avec les Conseils
généraux
et
régionaux, par des soutiens techniques
et financiers, et par la mise à disposition
d'outils adaptés. Le
principal d'entre eux est le système
informatique SINOE qui permet le recueil
et l'exploitation
personnalisés de données sur
les déchets par tout acteur local. D'autres
outils plus spécialisés
permettent par exemple l'analyse économique
des opérations (logiciel AtoutCoût)
ou la mise en oeuvre
par les collectivités locales d'une
comptabilité analytique propre à la
gestion des déchets (méthode
ComptaCoût).
• L'appui technique et l'animation sur le terrain
Il s'agit pour l’ADEME de contribuer à la
sensibilisation des acteurs et du grand
public, aider les acteurs
au montage et à l'optimisation des projets,
contribuer au succès des négociations
locales, apporter son
expertise dans les débats. Ces interventions
se traduisent d'une part par la mise à disposition
d’outils
méthodologiques et la conduite d’actions
de communication et de formation, d'autre
part par la mise en
place de chargés de mission auprès
d'organismes consulaires ou fédérations
professionnelles pour
disséminer les conseils et bonnes pratiques
au plus près du terrain.
•
L'incitation aux démarches territoriales
L'approche territoriale en vue d'une gestion
globale des déchets permet de coordonner
les différents
acteurs d'un même territoire, d'optimiser
les moyens et d'harmoniser les actions en matière
de déchets
avec d'autres politiques sectorielles
comme l'aménagement du territoire, le développement économique,
la
politique de la ville, les autres politiques
publiques (eau, énergie, air, transport,
santé, emploi notamment).
Pour cela, l'ADEME propose deux formes
d'accords de partenariat aux collectivités
:
- les Contrats Territoriaux Déchets
(CTD) destinés à animer
les divers acteurs de la gestion des
déchets d'un territoire pour y définir
et mettre en oeuvre une gestion globale,
- les contrats "Actions Territoriales
pour l'Environnement et l'Efficacité Energétique" (ATEnEE)
qui
peuvent prendre en compte la gestion
globale des déchets en plus des thématiques
de base que
sont l'énergie et les transports.
• La contractualisation territoriale
Les interventions de l'ADEME sur le terrain
sont menées prioritairement
en synergie avec les
collectivités territoriales, tant pour
des raisons d'efficacité que
d'adaptation de ces interventions aux
contextes et priorités politiques
locaux. Ainsi, au travers de contractualisations
avec
les conseils
régionaux ou généraux
qui le souhaitent sont définis
des programmes d'actions conjoints
pouvant
porter
sur le développement de la prévention,
le montage d'observatoires, des projets
de sensibilisation ou de
formation des acteurs, des campagnes
de communication auprès du public,
des soutiens techniques ou
financiers aux opérations locales jugées
prioritaires.
•
Des aides financières ciblées
Des soutiens financiers peuvent être
apportés à certaines opérations
locales jugées prioritaires
au
regard de la politique déchets.
Ces soutiens concernent essentiellement :
- les études destinées à définir,
optimiser ou évaluer les opérations
(aides à la décision), à
concevoir des produits moins producteurs
de déchets, à intégrer des
démarches qualité, à
favoriser la concertation locale,
- les actions de sensibilisation et de formation
des acteurs, de communication grand public,
- la mise en place de chargés de mission
dans les chambres consulaires ou auprès
de collectivités
locales dans le cadre de Contrats Territoriaux
Déchets,
- des équipements considérés
comme exemplaires sur un territoire ou dans
un secteur déterminé ;
ces opérations font l'objet de suivi
et d'évaluation en vue d'une dissémination,
- des équipements dont l'implantation
est jugée prioritaire dans un
cadre politique local et pour
lesquels des modalités d'intervention
ont été définies
au travers d'une contractualisation
régionale ou départementale.
Les contractualisations déterminent
ainsi le cadre principal des interventions
de l'ADEME sur le terrain,
en définissant les thèmes et
modalités des soutiens financiers
conjoints.
En l'absence de contractualisation
couvrant un territoire donné,
ou lorsque celle-ci ne couvre pas
l'ensemble du domaine d'interventions de l'agence,
celle-ci pourra intervenir :
- sur les opérations de démonstration,
- sur les opérations "hors investissements" (aide à la
décision, communication, formation,
chargés
de mission, ….),
- sur des opérations exemplaires dans
le cadre de priorités régionales
prédéfinies.
En revanche, les aides à la
diffusion ne seront pas possibles en
dehors de contractualisation
cadre.
3. CHAMP ET MODALITES DES SOUTIENS FINANCIERS
Les modalités précises des soutiens
financiers effectivement mobilisables sur des
opérations relèvent
essentiellement des choix réalisés
au travers des contractualisations
territoriales. Il convient donc de
contacter les délégations régionales
de l'agence pour toute question ou projet particulier.
Ces modalités
s'inscrivent cependant dans un cadre
général
résumé ci-après.
3.1.- Soutiens aux collectivités
locales
Ils peuvent concerner :
- les études de toutes natures (à l'exception
de celles à caractère réglementaire),
les actions
d'information et de formation des acteurs locaux,
de sensibilisation des usagers, de concertation
avec
les populations.
Le taux maximum des aides est de 50 %, l'assiette
pouvant être plafonnée.
- la mise en place de chargés de mission
destinés à animer les contrats
territoriaux déchets.
Le taux maximum de l'aide est de
30 % des salaires et charges plafonnés, sur une durée
limitée à 3 ans.
- les équipements de prévention
(compostage individuel, opérations de
réemploi, …) de gestion
biologique (compostage ou méthanisation),
d'optimisation d'équipements
existants (accueil de nouveaux
types de déchets en déchèterie
par exemple), de collecte sélective1
en logement social collectif, de
réalisation de déchèteries1
accueillant des déchets particuliers
(amiante-ciment, BTP, …) ainsi
que les
travaux de réhabilitation de décharges.
- en outre, pour les TOM-DOM, la
Corse et les autres îles uniquement1 : les équipements
de collecte
sélective, de tri et de transfert.
Pour les aides aux équipements, la qualité et
l'exemplarité des opérations
constituent des critères
primordiaux. Des aides à la diffusion
sont toutefois possibles lorsqu'elles sont
prévues dans une
contractualisation départementale ou
régionale.
Le taux d'aide maximum est de 20
%, à l'exception
des travaux de réhabilitation de décharges
(30 %
maximum). Les aides sont plafonnées
selon la nature des opérations.
Il existe également une aide spécifique
aux communes qui accueillent sur leur territoire
une unité de
traitement thermique ou un centre
d'enfouissement technique mis en
service après
le 1er janvier
2002. L'aide est de 0,76 €/tonne entrante
(hors celles provenant de la commune d'accueil)
et est limitée
à
5 ans à compter de la mise en service
de l'installation. Les modalités de
cette aide sont indépendantes
des conditions locales (contractualisations
territoriales..).
3.2.- Soutiens aux entreprises
Ils peuvent concerner :
- les études destinées à élaborer
des schémas, à organiser et améliorer
la gestion des déchets au
sein
des entreprises ou à organiser la gestion
collective des déchets (hors études à caractère
réglementaire),
certaines actions de sensibilisation
et d'information, l'accompagnement
des PME
du secteur des déchets
qui s'engagent dans des démarches
de certification (ISO 14000, ISO
9000, certification
de service).
Les taux maximum varient de 50
% à 70
% selon la nature de l'opération, les
montants étant soumis à
des plafonds.
- la mise en place de chargés de missions
auprès de chambres consulaires
(Chambres de
Commerce et d'Industrie, Chambres
de Métiers,
Chambres d'Agriculture) pour promouvoir
le
management environnemental ou l'amélioration
de la gestion des déchets.
Le taux maximum est de 30 % des
salaires et charges plafonnés, sur une durée
limitée à 3 ans.
1 jusqu'à fin 2006 seulement
- certains équipements de prévention,
de gestion territoriale de tri ou
de valorisation, uniquement pour
le cas d’opérations
exemplaires.
Le taux d'aide maximum est de 20
%, l'assiette étant
plafonnée.
- les opérations exemplaires de déconstruction
sélective de bâtiment en vue de
la valorisation des déchets.
Le taux d'aide maximum est de 20
% pour les travaux et 30 % pour
la maîtrise d'oeuvre,
l'assiette étant plafonnée.
Enfin, certains projets industriels
de valorisation de déchets peuvent bénéficier
du soutien du
FIDEME (Fonds d'Investissements
de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie)2,
qui contribue en
quasi-capital au montage financier
des opérations.
3.3.- Soutiens à la Recherche et la
démonstration
Ces soutiens sont le plus fréquemment
indépendants des politiques
locales traduites dans les
contractualisations territoriales.
Les soutiens à la recherche peuvent
aller de la recherche "amont" (élargissement
des connaissances)
jusqu'aux phases de faisabilité et de
développement de nouveaux procédés
ou organisations. Les
soutiens peuvent représenter jusqu' à 50
% des montants, voire 100 % dans
certains cas de recherche
réalisée en secteur
non concurrentiel.
Les opérations de démonstration
(premières réalisations
en vraie grandeur issues de l'innovation)
peuvent également bénéficier
de soutien, à hauteur maximum de 40
% pour les opérations des
collectivités locales et de
30 % pour celles des entreprises.